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Témoignage de Gabriel, volontaire de l’Œuvre d’Orient, en Ethiopie

26/10/2018

Gabriel, un volontaire de l'Œuvre d'Orient en Ethiopie, nous raconte comment se passe son volontariat.

photo témoignagne gabriel frenoy 1

photo témoignagne gabriel frenoy 1

Me voilà arrivé en Ethiopie depuis 15 jours.

 

Tout d’abord, quand l’avion passe sous les nuages, on peut observer par les hublots des champs à perte de vue. Non pas d’énormes champs, mais plutôt plusieurs petites parcelles qui ne sont ni symétriques ni alignées. Je savais que la majorité de la population vivait de l’agriculture mais j’étais habitué aux champs européens, bien délimités, avec des parcelles carrées ou rectangulaires facilitant l’usage de l’outillage mécanique. Ici, de ce que j’ai compris, il n’en est pas question, ni même de partager l’outillage entre voisins, à cause du coût qui resterait malgré tout trop élevé. Ayant vécu 6 mois en Inde, je me sens obligé de faire des comparaisons entre ces deux pays en développement intensif.

La première chose qui m’a marqué c’est la pollution. En effet, on ne s’attend pas à voir un tel nuage, principalement sortant du pot d’échappement des voitures.

Je suis arrivé la veille de la fête de la Croix.

L’Ethiopie est un pays composé d’environ 50% de chrétiens. Cette fête est l’une des plus importantes chez eux. Nous sommes donc sortis célébrer cette fête avec les frères de Saint Jean, chez qui j’effectue ce temps de volontariat. Nous sommes allés chez les sœurs de Mère Theresa, qui avaient préparé un grand feu. Je dirais que jusque-là tout se déroulait comme toute fête chrétienne peut se dérouler. Ce qui m’a étonné, c’est qu’en rentrant chez nous à pieds, partout dans la rue il y avait des feux et des gens qui célébraient. En nous arrêtant devant un de ces feux, un éthiopien chrétien est venu m’expliquer ce que représentait ce feu et m’a parlé de sa foi et de ses croyances.

A ce moment-là, j’étais simplement heureux d’assister à cette fête. Après l’avoir écouté, je me suis rendu compte que je n’avais jamais pu fêter une fête religieuse sans éprouver une certaine gêne lorsque celle-ci attirait des regards, parfois sévères, donnant l’air de juger, comme on peut par exemple en recevoir lors du feu de la Veillée pascale sur la place de l’église. Ici, il est tout à fait normal d’afficher sa foi en public, d’être fier de ses croyances. Un peu comme ce qu’on peut voir aux Journées mondiales de la jeunesse, cependant sans qu’il n’y ait uniquement que des chrétiens. Je n’ai aucunement honte de ma foi, mais je n’ai jamais pu l’exprimer de façon aussi libre qu’ici.

 

Pour rester dans le domaine de la prière, le fait qu’un pays avec autant de chrétiens ait toujours la messe en Guèze, une langue qui pourrait s’apparenter à ce qu’est le latin pour nous les français, m’est incompréhensible. Est-ce que le fait de ne rien comprendre pendant la messe encourage à être chrétien ? C’est sûr que le mystère de la foi prend encore plus d’ampleur… Cependant, il y a seulement quelques années encore, les chrétiens représentaient presque 70% de la population tandis que 30 % était musulmans. Comment n’a-t-on pas encore réussi à faire évoluer les choses dans un pays avec autant de chrétiens ?

 

Sur le chantier, on retrouve beaucoup de femmes.

Ces femmes font exactement la même chose que les hommes. Il faut savoir que le chantier est très peu mécanisé, de ce fait une importante partie consiste au transport de cailloux, de ciment, de sable… Ici, d’après ce qu’il m’a été expliqué, c’est vraiment une volonté de prouver et soutenir l’égalité homme-femme. J’avoue que cela m’a surpris et je les trouve très courageuses, sachant que ce n’est vraiment pas toujours facile. Hommes et femmes transportent des sacs de ciment de 50 kg sur leur dos. Pour ce qui est des équipements, on se rapproche de ce qui se fait en Inde : il n’y a aucune protection spéciale.

 

La vie avec les frères de la communauté St Jean me surprend également.

Notamment au niveau des règles qui dictent leur vie de tous les jours mais aussi les chants à la messe, avec leur côté dynamique et énergique, ainsi que leur durée (les messes durent entre 2 à 3h). Je reste aussi surpris par la procession pour la quête et des dons des gens : des bidons d’huile, des sacs de patates, des bouteilles de vins, du savon, du dentifrice…

Après 6 mois en Inde, je me disais que j’étais plus prêt que jamais à vivre quelque chose de fort mais où le confort n’est pas la priorité. Mais le fait de devoir partager une chambre avec un autre volontaire, je pense, me permettra de sortir de ma zone de confort.

J’ai aussi envie partager un moment qui m’a émerveillé parce que je n’aurais pas été volontaire dans un pays qui m’est étranger si je ne voulais pas être émerveillé. Le weekend dernier, nous sommes allés dans un orphelinat avec l’école de vie (un groupe de 5-7 jeunes éthiopiens entre 18 et 20 ans qui sont encadrés par les frères tous les weekends pour grandir spirituellement, humainement et intellectuellement, et notamment pour travailler sur leurs vocations). Bien sûr, c’est toujours touchant de voir comme ils peuvent s’amuser avec un rien et comme ils sont plein de vie, de joie, de bonheur. Au moment du goûter, un des petits garçons, voyant que je n’ai pas de biscuit, me propose un des deux qu’il tient en main.

Voir comme ils peuvent être si attentifs à ceux qui les entourent alors même qu’ils ont manqué de tout et connu la faim au cours de leur vie, je trouve cela vraiment touchant. Apprendre, juste après, que tous ces enfants ont été abandonnés par leurs parents, et étaient donc orphelins, parce qu’ils étaient tous atteints du sida, m’a complètement bouleversé. Surtout que des jeunes de l’école de vie avec lesquels je travaille m’avaient confié qu’ils venaient de cet orphelinat, mais je n’avais pas compris sur le moment ce que cela impliquait. Toutes ces vies bouleversées par cette maladie, tous ces enfants abandonnés, cela me touche.

Ce que j’ai trouvé beau, dans ma tristesse, c’est notamment le fait que ce ne sont pas des vies gâchées. Ils sont heureux comme seul des enfants peuvent l’être, avec un rien. Les jeunes de l’école de vie sont la preuve même qu’ils peuvent réellement vivre, être grands, beaux, forts, intelligents et surtout heureux. Les sœurs qui s’occupent d’eux leur offrent un vrai avenir, prenant en charge les médicaments, leur offrant un foyer, et leur trouvant même un appartement après leurs 18 ans.

Enfin, ce que j’apprécie énormément, c’est d’avoir la possibilité de vivre quelque chose qui soit vraiment centré sur Dieu.

De pouvoir me mettre à son service pendant ce temps que j’ai choisi de donner et à travers le rythme de vie des frères, de pouvoir vraiment construire ma vie autour de lui. J’ai toujours des difficultés, notamment avec l’adoration, où mes pensées aiment bien vagabonder, mais ces temps que nous lui accordons deviennent une habitude à laquelle je prends plaisir, et qui me font me sentir plus proche de lui….

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